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À L'ONU, L'UE DISPERSÉE VOIRE ÉCLATÉE

  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

Division au Conseil de Sécurité 


Le 3 Juin 2026, l’Assemblée générale des Nations-Unies a procédé au vote de renouvellement bi-annuel de cinq des dix membres non permanents du Conseil de sécurité. Deux sièges étaient disponibles pour le Groupe de « l’Europe occidentale et autres États » dont font partie 15 des 27 États membres de l’UE . Trois pays avaient déposé leur candidature : Allemagne, Autriche et Portugal. L’Assemblée générale a élu l’Autriche et le Portugal et écarté l’Allemagne (1). 

 

Ces trois États membres de l’UE s’étaient portés candidats sans concertation préalable et avaient mené des campagnes séparées et rivales dans les couloirs du siège de l’ONU. 

 

L’Allemagne en particulier avait déployé tous ses efforts diplomatiques pour conserver un siège qu’elle occupait depuis de nombreuses années. 

 

Ce cuisant revers - et cette humiliante compétition entre États membres de l’UE - aurait sans doute pu être évités si - grâce à une coordination préalable - deux candidats seulement s’étaient présentés avec le soutien officiel de l‘UE - voire en son nom. Une fois encore, les 27 ont perdu une bonne occasion de démontrer leur unité et leur solidarité dans une enceinte représentant l’ensemble de la communauté internationale. 

 

C’est d’ailleurs un officiel … allemand qui a déclaré à l’issue du vote : 

 

« L’une des leçons à tirer de ces élections est la nécessité d’une coordination rapide au sein du groupe européen à l’avenir (…) Nous pourrons ainsi éviter des candidatures concurrentes. »

 

 

Éclatement dans les « Groupes régionaux » 

 

À cette occasion, on peut à nouveau relever le caractère passablement incongru et obsolète de la composition des « Groupes régionaux »  telle qu’établie par l’ONU. 

 

En particulier, le fait que les 27 États membres de l’UE y soient répertoriés séparément dans deux Groupes : le Groupe dit « occidental » qui comprend les 15 pays « occidentaux »de l’UE (dont la France, l'Allemagne, l'Italie, l’Espagne, …) et le groupe dit  « oriental » qui comprend les 12 autres États membres (notamment ceux issus des élargissements post 2004). 

 

Autre incongruité notable : le « Groupe des États d’Europe occidentale » comprend aussi d’ « autres États » tels que la Turquie, l’Australie, la Nouvelle Zélande et … les États-Unis ! (2)

 

 

« Les États membres coordonnent leur action au sein des organisations internationales »  

 

Ces problèmes de classification onusienne expliquent pour partie la raison pour laquelle il est souvent regretté que « l’Europe n’existe pas aux Nations-Unies » (3). Il demeure que chaque État reste libre de son vote et que ceux des 27 États de l’UE pourraient être plus systématiquement cordonnés voire alignés. 

 

C’est d’ailleurs une préconisation - voire une exigence - posée par le Traité lui-même dans son article 34 TUE : « les États membres coordonnent leur action au sein des organisations internationales » et « les États membres qui siègent au Conseil de sécurité se coordonneront avec les autres États membres ».

 

Plusieurs cas emblématiques ont hélas montré que cette règle était souvent transgressée, notamment sur la question palestinienne (4).

 

À tel point que, dans une affaire récente, la CEJ a été amenée à condamner un État membre pour avoir, à l’occasion d’un vote aux Nations- Unies, non seulement violé ses obligations légales mais aussi « porté préjudice à l’efficacité de l’action internationale de l’Union ainsi qu’à la crédibilité et à la réputation de cette dernière sur la scène internationale » (5) .

 

 

Le poids inexploité de l’l’UE aux Nations Unies

 

Cette faible influence de l’UE dans les enceintes de l’ONU est d’autant plus paradoxale que l’Europe est en fait l’une des principales puissances mondiales (la première en matière de PIB et de commerce et la troisième pour la population) - qu’elle possède un potentiel considérable sur les plans militaire, industriel, technologique et qu’elle dispose de la deuxième monnaie internationale …  

 

Au sein des NU, elle est la première contributrice au budget général (25%) et s’est vue accorder un statut unique de « membre observateur renforcé » qui donne notamment à ses représentants (Présidents du Conseil européen, de la Commission et Haut Représentant) le droit d’intervenir au sein du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée générale. Une délégation permanente de l’UE est présente au siège et le Service Européen d’Action Extérieure est explicitement chargé de coordonner la politique étrangère européenne, notamment au sein des NU. Elle dispose d’un des plus importants réseaux diplomatiques dans le monde.

 

Et ce poids international de l’UE est voué à s’accroitre au fur et à mesure des élargissements mais aussi de l’extension du tissu unique d’accords d’association entre l’UE et un nombre croissant de pays.

 

Ceci dit, on sait que cette sous-performance de l’UE aux Nations Unies n’est que le reflet de l’inachèvement constitutionnel de l’intégration de sa politique étrangère. En dépit des modifications successives des Traités, celle-ci n’est toujours pas considérée comme une « politique commune » et demeure de fait très largement une chasse gardée des chancelleries nationales. Vaste programme !

 

 

Deux prochaines échéances principales 

 

Pour en revenir à la question de l’influence de l’UE sur le choix des hauts responsables de l’ONU, deux échéances importantes - et deux occasions de rectifier le tir - vont se présenter en 2027 :

 

- celle du Directeur Général de la FAO (6)

 

- et surtout celle Secrétaire Général des Nations-Unies (7) 

 

Dans les deux cas, l’affaire se présente plutôt mal car plusieurs États membres se disputent le premier poste et aucune concertation n’a encore été engagée pour le second …

 

Il reste à espérer que la cuisante expérience du choix d’un membre européen au sein du Conseil de Sécurité exposée ci-dessus servira de leçon.

 

 

Jean-Guy Giraud

05 - 06 - 2026

 

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