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USA : " IT'S A REPUBLIC, MADAM, IF YOU CAN KEEP IT "

il y a 20 heures
4 min de lecture

À la veille des élections de mid terms (3 Novembre 2026) susceptibles de renverser - à quelques sièges près - la majorité républicaine à la Chambre et/ou au Sénat des États-Unis, le « grand dérangement constitutionnel » orchestré par le Président Trump risque de jeter le pays dans une confusion institutionnelle totale.

 


Le découpage (charcutage ?) électoral

Ce désordre concerne notamment l’organisation et les règles du scrutin dans chacun des 50 États fédérés - et en particulier le découpage des circonscriptions électorales (une autre polémique concerne le vote postal).

 

Sans exposer ici en détail cette question, on retiendra que, à l’instigation du Président, plusieurs États se sont engagés dans une procédure de redécoupage des « districts » dans le but avoué de favoriser le vote républicain.

 

Ce redécoupage a été effectué puis formalisé par les autorités de plusieurs États et a fait - de façon assez prévisible - l’objet de contestations auprès des juridictions compétentes.

 

« Compétentes » ? C’est ici que commence l’imbroglio judiciaire : différents juges et juridictions locales et fédérales - jusqu’aux Cours suprêmes respectives des États et de la Fédération - ont rendu des décisions ou des arrêts opposés ou contradictoires de sorte que le découpage « légal » et effectif sur la base duquel devra s’effectuer le scrutin demeure à ce jour incertain. Ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles procédures remettant en cause les résultats finaux des mid-terms.

 

Un cas exemplaire de cet imbroglio est l’État du Missouri dans lequel « conflicting court orders issued on the same day threw the congressional elections in Missouri into chaos on Tuesday, two months before an election in which a handful of races could decide control of the House. » 

 

Pour les lecteurs patients ou spécialistes, le détail de cette controverse emblématique figure dans le NYT de ce jour (1). 

 

 

 

Franklin et Madison avaient prévenu

De fait, le « grand dérangement » de l’ordre constitutionnel américain provoqué par le Président Trump concerne bien d’autres domaines qu’il est inutile de relever ici - au point que la seule règle suprême que s’impose le Président est - de son propre aveu : « My own morality. My own mind. It's the only thing that can stop me » …

 

Comment en est-on arrivé là dans une des plus anciennes républiques - démocratique et fédérale - de l’histoire moderne ? Si - et lorsque - de nouvelles élections législatives et présidentielles permettront de restaurer l’ordre constitutionnel, il sera temps de s’interroger sur les causes de cette implosion et, le cas échéant, de prendre les mesures susceptibles d’en empêcher le renouvellement.

 

À ce moment, les responsables pourront utilement méditer les sages paroles de Benjamin Franklin qui, à l’issue de la Convention de Philadelphie en Septembre 1787, répondait ainsi à une question sur la nature exacte du nouveau régime : « It's a Republic, Madam, if you can keep it (…) »  Et précisait ensuite sa pensée :

 

“In these sentiments, Sir, I agree to this Constitution, with all its faults, if they are such; because I think a General Government necessary for us, and there is no form of government, but what may be a blessing to the people if well administered; and believe further, that this is likely to be well administered for a course of years, and can only end in despotism, as other forms have done before it, when the people shall become so corrupted as to need despotic government.” 

Dans le même contexte, James Madison avait encore plus clairement prévenu du risque « factieux » qui pourrait menacer la jeune République en écrivant notamment dans les Federalist Papers : 

 

« The latent causes of faction are thus sown in the nature of man (…) A zeal for different opinions concerning religion, concerning government, and many other points, as well of speculation as of practice; an attachment to different leaders ambitiously contending for pre-eminence and power (…) have, in turn, divided mankind into parties, inflamed them with mutual animosity, and rendered them much more disposed to vex and oppress each other than to co-operate for their common good. » (2).

 

 

Une extension internationale difficile à endiguer

Corruption, despotisme …  Franklin et Madison avaient vu juste, sans toutefois pouvoir imaginer l’extension de  ces débordements - de cette destruction de facto de l’état de droit - sur le plan international. Au point de remettre également en cause « l’ordre constitutionnel mondial » représenté par la Charte des Nations-Unies et le droit international en général. Et menacer tout particulièrement l’UE sur de nombreux plans : géo-stratégique, tarifaire, financier, concurrentiel, etc …) (3).

 

Le développement de ce cahot juridique et politique ne pourrait être freinée - avec peine - que par l’élection d’une (mince) majorité démocrate à la Chambre et/ou au Sénat. À défaut il faudra attendre les prochains scrutins présidentiel et parlementaires de 2028. 

 

À moins que, d’ici là, une improbable procédure d’impeachment (pour trahison/corruption ou incapacité) ne soit votée par la/les chambres par une majorité des deux tiers. Pour mémoire, deux précédentes procédures déjà intentées contre le Président Trump ont largement échoué devant le Sénat …

 

Jean-Guy Giraud

09 - 09 - 2026

 

 

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