LA CANDIDATURE ISLANDAISE ET L'AGGIORNAMIENTO DE L'UE
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L’Islande deviendra-t-elle le 28ème État de l’UE dans un proche avenir ? Comme cela était prévisible (1), le Gouvernement vient d’annoncer son intention d’organiser dans les prochains mois un referendum sur la (ré-) ouverture de négociations d’adhésion.
Une candidature « naturelle » ...
En 2009 (dans le contexte d’une grave crise financière), l’Islande avait déposé une première candidature suivie de négociations ayant permis de franchir une bonne partie des « chapitres » . Ces négociations avaient toutefois été interrompues par le Gouvernement en 2013 et la candidature formellement retirée en 2015. (2)
Si une nouvelle candidature était déposée puis acceptée par l’UE en 2026 ou 2027, les différentes étapes pré-adhésion pourraient être franchies assez rapidement menant à un accord qui devrait être ensuite confirmé par un second referendum. Notons tout de même au passage que, du côté de l’UE, cet accord devrait être ratifié par tous les États membres « selon leurs règles constitutionnelles respectives » ce qui pourrait impliquer un référendum dans certains États membres (dont la France) ainsi que des difficultés du côté des « usual suspects » (Hongrie, Slovaquie, …) .
L’adhésion de l’Islande ne poserait pas en soi de problème majeur dans la mesure où une partie des négociations a déjà été effectuée et où ce pays est très largement intégré dans d’autres structures européennes telles que le Conseil de l’Europe, l’OCDE, l’AELE, l’EEE, l’Espace Schengen …. Doté d’un vaste territoire de 100.000 km2 mais avec seulement 400.000 habitants et un PIB par personne élevé, le pays effectue déjà plus des 2/3 de ses échanges avec l’UE. Son économie repose principalement sur deux secteurs, les services financiers et la pêche. Lors des précédentes négociations, c’est la question de la pêche qui s’était avérée la plus délicate, essentiellement du fait des réticences du Royaume Uni. Au surplus, l’Islande bénéficie d’un régime politique stable et consensuel doté d’institutions démocratiques solides (3). Selon les derniers sondages, l’opinion serait assez nettement favorable à la perspective d’adhésion à l’UE.
Au total, l’adhésion de l’Islande à l’UE peut donc être considérée comme une évolution plutôt « naturelle » - voire même tardive. Il est clair qu’elle a été surtout déclenchée par des facteurs géopolitiques aussi brutaux qu’impératifs tenant à la menace russe et au désengagement américain. De part sa situation géographique le long du détroit de l'arctique, le pays se trouve à la fois exposé et isolé. Le risque de rupture de ses relations - vitales - avec le continent européen justifie pleinement une plus forte intégration au sein de l’UE.
… ouvrant la voie à une UE « complète » ...
L''Islande pourrait ainsi, dans un proche avenir, devenir le 9 ème candidat officiel (4) à l’adhésion d’une UE ainsi portée à … 36 États membres. À l’exception de la Norvège, de la Suisse et bien sûr du Royaume Uni (5), l’UE serait ainsi à l’horizon 2030 en passe de couvrir l’ensemble du continent européen. On ne peut évidemment que se réjouir d’un tel succès du « modèle » créé en 1952 et de la perspective économique de complétude du grand marché européen. Sur le plan géopolitique, l’achèvement de la création d’un bloc européen face aux trois autres grands blocs mondiaux constitue également un développement positif.
… exigeant un aggiornamento politique ...
D’autre part, cette accélération du processus d’élargissement de l’Union va contraindre ses dirigeants à affronter ouvertement la question de la cohésion et de la solidité politiques d’un « bloc » encore fragile. Dans le nouveau contexte international qui se dessine, l’Union doit impérativement devenir une véritable puissance, dotée notamment d’une politique étrangère et d’une défense communes. Une telle mutation exige une réforme « lourde » en matière de transferts de compétences et de renforcement des processus décisionnels. On voit mal comment cet aggiornamento pourrait être reporté ou effectué « en marge » de négociations d’adhésion.
… selon une procédure déjà engagée
Or, il se trouve qu’une telle réforme est déjà en marche (6), en application stricte des règles fixées par l’article 48 TFUE :
le Parlement européen a soumis au Conseil en 2022 et 2023 une proposition officielle de révision des traités
le Conseil est dans l’obligation de la transmettre au Conseil européen - ce qu’il ne semble pas avoir encore fait
le Conseil européen pourra, sur cette base, prendre « une décision favorable à l’examen des modifications proposées » - décision prise à la majorité simple de ses 27 membres
le Président du Conseil européen devra alors convoquer une Convention composée des représentants des parlements nationaux, des gouvernements, du Parlement européen et de la Commission
cette Convention sera chargée d’examiner les projets de révision et d'adopter « par consensus une recommandation »
cette recommandation sera soumise à une « conférence des représentants des gouvernements en vue d’arrêter d’un commun accord les modifications à apporter aux traités »
En résumé, la première étape - voire aussi la seconde - sont franchies. La troisième peut l’être dès lors qu’au moins 14 États membres en décideront ainsi. Les trois autres devront suivre quasi automatiquement.
C’est à partir de là que les véritables difficultés se présenteront pour obtenir l’accord des 27 gouvernements et les ratifications de chacun par leurs procédures constitutionnelles respectives.
En réalité, le sort de l’entreprise se jouera principalement au sein de la Convention (7) en fonction de sa capacité à faire émerger un « consensus » accepté et soutenu par tous ses participants parlementaires et gouvernementaux.
La candidature de la « petite » Islande sera-t-elle - ironie de l’histoire - l’élément déclencheur de l’aggiornamento de l’UE lui permettant de renforcer ses structures pour faire face à un nouveau contexte international ?
Paradoxalement, cela dépendra surtout - autre ironie de l’histoire - de facteurs aussi exogènes qu’imprévisibles : l’évolution des politiques que mèneront à court et moyen terme les autocrates qui dirigent les trois grands blocs continentaux rivaux de l’Europe. Mais c’est précisément pour s’en prémunir que la « grande Europe » doit se mettre en ordre de bataille.
Jean-guy Giraud
27 - 02 - 2026
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(1) voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/why-it-is-time-for-norway-and-island-to-join-the-eu
(2) voir l’historique dans : https://www.consilium.europa.eu/en/policies/iceland/#:~:text=Iceland%20applied%20for%20EU%20membership,country%2C%20which%20the%20Council%20noted
(3) voir la fiche de l’Islande dans : https://fr.wikipedia.org/wiki/Islande
(4) à la suite des 6 États des Balkans ainsi que l’Ukraine et la Géorgie
(5) une candidature de la Norvège - pour des raisons similaires à celles de l’Islande - n’est pas à exclure. La Suisse vient de franchir une nouvelle étape renforçant ses liens économiques avec l’UE. Le Royaume Uni tente de renouer progressivement des liens coupés par le Brexit.
(6) voir une simulation de cette procédure : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/l-audace-de-lancer-une-révision-des-traités-européens
(7) sur les atouts de la procédure « Convention », voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/un-conte-de-noêl-conventionnel




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