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MARIO DRAGHI : RÉFORMER OU TOMBER



À l’occasion d’une conférence - donnée le 19 Juillet 2023 devant le National Bureau of Economic Research - M. Mario Draghi a prononcé un discours centré sur les questions budgétaires - mais en réalité d’une grande portée politique.


Nous en reprenons ici les extraits les plus significatifs dont on peut tirer, en résumé, les enseignements suivants :

  • l’Union doit faire face à des chocs qui dépassent le niveau national,

  • elle doit procéder à des investissements et donc des dépenses à long terme qui dépassent la durée de vie des gouvernements,

  • le transfert de tâches au niveau fédéral repose sur la capacité et l’intégrité des autorités nationales à dépenser ces fonds,

  • tout ceci implique d’engager un processus politique en vue d’une modification des traités,

  • l’immobilité n’est plus une option.


Extraits du discours de M. Graghi (1)

« Aujourd’hui, il n’y a toujours pas d’accord dans la zone euro sur un budget commun à des fins de stabilisation ou sur des transferts fiscaux transfrontaliers. La question se pose donc de savoir si la zone monétaire pourra jamais être vraiment stable sans une intégration plus poussée dans ce domaine


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Avec la pandémie, la crise énergétique et la guerre en Ukraine, nous sommes de plus en plus confrontés à des chocs communs et importés plutôt qu’à des chocs asymétriques créés au niveau national. Le problème n’est donc plus de soutenir des États en difficulté, mais de relever des défis communs


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À l’expiration du programme Next Generation EU, il n’existe aucune proposition d’instrument fédéral pour le remplacer afin d’effectuer les dépenses nécessaires liées au climat. Si nous n’agissons pas, nous risquons fort de ne pas atteindre nos objectifs en matière de climat et de perdre notre base industrielle au profit de régions qui s’imposent moins de contraintes


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Le type d’investissements dont nous avons besoin aujourd’hui implique des engagements de dépenses à long terme, dont beaucoup dépassent la durée de vie des gouvernements qui les réalisent.


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L’émission d’une dette commune plus importante pour financer cet investissement permettrait d’élargir la marge de manœuvre budgétaire collective dont nous disposons. Les coûts d’emprunt de l’Union sont inférieurs aux coûts d’emprunt moyens pondérés de ses États membres,


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Les investisseurs font largement confiance à la capacité de l’Union d’extraire de chaque pays participant le futur flux de recettes nécessaire au service de la dette sous-jacente


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Le transfert d’un plus grand nombre de tâches au niveau fédéral nécessiterait la confiance des États membres dans la capacité et l’intégrité des autorités nationales à dépenser des fonds communs, étant donné qu’une grande partie de la mise en œuvre se ferait encore au niveau national.


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(Il s’agit) d'engager un véritable processus politique, dans lequel l’objectif final est explicite dès le départ et approuvé par les électeurs sous la forme d’une modification du traité de l’Union.


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À mesure que l’Union s’élargira aux Balkans et à l’Ukraine, il sera essentiel de rouvrir les traités pour s’assurer que nous ne répéterons pas les erreurs du passé en élargissant notre périphérie sans renforcer le centre


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Ainsi, la paralysie et la sortie paraissant peu attrayantes, les coûts relatifs d’une intégration plus poussée sont désormais moins élevés. À ce stade de l’histoire, nous ne pouvons pas rester immobiles ou — comme la bicyclette de Jean Monnet — nous tomberons. »




Jean-Guy Giraud 23 - 07 - 2023

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