©2018 by Ventotene. Proudly created with Wix.com

Rechercher

LES BALKANS : VERS UNE INFLEXION DE LA POLITIQUE D’ÉLARGISSEMENT DE L’UE ?



Suite à l’opposition (en fait, le veto) de quelques États membres dont la France, le Conseil européen n’a pas recueilli l’unanimité nécessaire pour l’ouverture officielle d’une procédure d’adhésion à l’Union de l’Albanie et de la Macédoine du Nord .  Ce “blocage” a fait l’objet de fortes et inhabituelles prises de position et critiques de la part des Institutions et de plusieurs États membres (1), notamment de ceux issus de l’élargissement de 2004/2006. Une polémique exagérée La vivacité même de ces réactions appelle à s’interroger sur la nature et l’importance réelle de cette question pour l’UE.  À l’échelle de l’UE 27, le poids économique et démographique de l'Albanie et de la Macédoine conjuguées est faible : approximativement 0,01 de sa superficie, 0,002 de son PIB et 1,1 de sa population.  Sur le plan géo-stratégique, ces deux pays - enclavés dans l’UE - ne présentent ni enjeu ni risque immédiats et déterminants pour l’Union.  Depuis un douzaine d’années, ces pays sont liés à l’UE par des accords évolutifs de libre-échange et des partenariats qui leur procurent une aide financière et une assistance à la “modernisation” de leurs structures économiques et politiques. “Ces pays ne sont pas prêts et l’UE non plus" Il est toutefois patent que, en dépit du soutien européen, cette modernisation est à peine amorcée et que, notamment, ces deux pays demeurent très loin de satisfaire aux critères minimaux exigés pour l’adhésion de tout État tiers à l’UE (2). Au delà de ces marqueurs de caractère technique, la situation en matière d’ “État de droit, de démocratie, d’égalité, de pluralisme, de respect des minorités, ...” (cf. Art. 2 TUE) reste encore très en retrait des standards européens.  On peut dès lors légitimement s’interroger sur l’opportunité de faire franchir à ces deux États une étape supplémentaire et décisive sur le “tobogan” conduisant à leur entrée officielle et pleinière dans l’Union.  La France se trouve seule à avoir clairement soulevé cette question - fort peu "politiquement correcte" - et avoir simplement jugé, en résumé, que "ces pays ne sont pas prêts et l’Union non plus”. La position française est connue et il est inutile de la rappeler ici. (3) Des arguments insuffisants Mais il est intéressant de relever que les partisans - très majoritaires - de l’adhésion de ces deux nouveaux pays à l’UE ne tentent pas de contredire cette position sur ces deux points.  Leurs principaux arguments en faveur de l’ouverture de la procédure d’adhésion sont d’une nature différente : 

  • le premier est d’ordre “moral” ou éthique : l’UE a, à maintes reprises, “promis” une adhésion future à ces États et elle devrait, à présent honorer cette promesse - indépendamment de toute autre considération,

  • seule la perspective confirmée d’une adhésion serait susceptible de débloquer ou d’accélérer véritablement la modernisation de ces pays,

  • à défaut, ces pays risqueraient de tomber sous l’influence politique et économique de puissances étrangères (sont habituellement cités la Russie, la Chine, la Turquie - voire les États-Unis).

Certains estimeront qu’aucun de ces trois arguments - ni même les trois conjugués - ne semble vraiment décisif si on les examine en profondeur.  Intensifier la coopération et renforcer l'UE En tout état de cause, le report de l’ouverture des négociations peut s’analyser comme une prolongation de la situation actuelle - avec une accentuation souhaitable des efforts de l’UE et des candidats pour qu’ils parviennent dans les meilleurs délais à une mise à niveau satisfaisante. L’expérience du grand élargissement de 2004/2006 a montré - et montre toujours - que ceci prend beaucoup de temps (au moins une génération) et que des adhésions prématurées ne règlent pas en elles-mêmes et comme par miracle tous les problèmes.  De même, il serait imprudent de ne pas tenir compte de la “capacité d’intégration", d'absorption par l’Union de nouveaux États membres. On sait que son unité et sa cohésion demeurent fragiles, que les effets de l’élargissement ne sont pas encore maitrisés, que le Brexit va accentuer sa déstabilisation, que bien des projets et progrès nécessaires demeurent en souffrance, que l’opinion publique est majoritairement réticente à de nouvelles adhésions, etc … Il reste à voir si la nouvelle Commission et le nouveau Parlement poursuivront la "stratégie d’élargissement” suivie jusqu’ici - ou si le blocage (provisoire) des procédures d'adhésions de l’Albanie et de la Macédoine du Nord sera l’occasion d’une inflexion de cette stratégie. La première hypothèse semble la plus probable (4).     L’avis d’un expert indépendant Le professeur Florian Bieber, spécialiste reconnu de la région des Balkans et de ses relations avec l’UE, a écrit à ce sujet un article particulièrement intéressant et  constructif. Prenant acte du blocage pré-cité, il propose un “Balkan reboot” cad une "révison/relance de la politique européenne dans la région qui ne se concentre pas uniquement sur le processus d’adhésion au détriment d’une bonne diplomatie” . Et il précise les modalités possibles de ce “reboot”, notamment par étapes telles que l’adhésion à Schengen ou à l’espace économique européen (EEE).  Mais l’article mérite une lecture complète : https://www.politico.eu/article/balkan-reboot-eu-accession-talks/?utm_source=POLITICO.EU&utm_campaign=88fcd668a6-EMAIL_CAMPAIGN_2019_10_31_06_08&utm_medium=email&utm_term=0_10959edeb5-88fcd668a6-189035333 Jean-Guy Giraud  01 - 11 - 2019 

__________________________ (1) notamment une "déclaration commune" des trois Présidents du Conseil, de la Commission et du PE, une résolution votée par le PE, plusieurs visites inopinées de dirigeants de l’UE dans ces pays (not. du Président du Parlement européen et du Premier Ministre italien), etc …  (2) sur les 36 critères utilisés par la Commission elle-même dans le cas de l'Albanie, seuls 8 sont jugés “sans difficulté majeure”. Tous les autres demandent “des efforts considérables ou approfondis” . Un est jugé “totalement incompatible” (environnement). (3) https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/les-explications-du-président-macron-suite-au-conseil-européen-du-16-octobre-2019 (4) voir aussi : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/albanie-et-macédoine-du-nord-où-se-situent-le-point-de-rupture-le-pont-trop-loin-de-l-union