L'AFFAIRE CEUTA - OU « COMMENT PERDRE UNE BONNE OCCASION DE SE TAIRE »
- il y a 1 jour
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Vingt-deux dirigeants européens adressent une « lettre » aux Présidents du Conseil et de la Commission condamnant l’attitude du Gouvernement espagnol au sujet de l’incident de Ceuta.
Ont-ils « perdu une bonne occasion de se taire » ?
La réaction surprenante et précipitée de 22 chefs de Gouvernement à l’égard de leur collègue espagnol suite à l’incident de CEUTA suscite quelques interrogations tant sur la forme que sur le fond.
Une « lettre »(publique) aux Présidents des Institutions
« 22 leaders gang up against Spain’s Sanchez » (titre de presse)
Cette pratique du plus mauvais style diplomatique n’est pas de mise au sein de l’UE. Celle-ci dispose de procédures internes propres pour délibérer - si nécessaire dans l’urgence - de questions d’intérêt commun. En l’occurence, la demande de réunion du Conseil Affaires Intérieures est légitime et sans doute opportune. il n’était toutefois pas nécessaire de le faire par voie de missive signée par vingt deux hauts dirigeants visant un de leurs pair. Et il est particulièrement choquant de l’accompagner d’accusations et menaces explicites de rétorsion.
Selon la presse, l’Allemagne, l’Italie et le Danemark seraient à l’origine de cette lettre - et seuls la France, le Portugal et le Luxembourg auraient refusé de s’y joindre (ainsi que l’Irlande qui préside le Conseil). Le Président du Conseil Européen aurait manifesté son soutien au Gouvernement espagnol et la Présidente de la Commission se serait pour sa part limitée à qualifier ces scènes d’ « inacceptables ».
En somme, une réaction improvisée, maladroite, irrespectueuse et offensive (du type «Tous contre Un ») suscitant une ferme réponse de l’Espagne considérant que cette initiative était « driven by prejudice, fake news, ignorance, or political interest.”.
Initiative qui, au surplus, était basée sur une appréciation erronée des faits.
Un soi-disant risque d’intrusion dans l’espace Schengen
Il est très rapidement apparu que le flot - il est vrai très spectaculaire - des migrants à l’assaut de la mince barrière de Ceuta a été parfaitement maitrisé par les forces de l’ordre espagnoles qui leur ont procuré une aide humanitaire. Quelques heures après, un reflux quasi-total s’est produit spontanément. Si bien que très peu de migrants ont finalement franchi la frontière - mais que plusieurs d’entre eux ont dramatiquement péri lors de cette aventure.
Au surplus, le passage entre Ceuta et le territoire continental espagnol érige une deuxième frontière naturelle, beaucoup plus difficile à franchir sans l’aide de passeurs qui, en l’occurrence, ne se sont pas manifestés.
Le porte parole de la Commission a d’ailleurs été amenée à constater que « no illegal crossing has been recorded out of Ceuta into mainland Spain and therefore the rest of member states » …
Des arrières pensées politiques ?
Une telle maladresse (peut-être imputable à des conseillers trop zélés) laisse supposer l’existence de motivations de caractère politique.
Plusieurs des dirigeants signataires doivent en effet faire face à des partis politiques et des courants d’opinion populistes/nationalistes fortement opposés à l’entrée de migrants ( de quelque nature que ce soit) sur leur territoire et, par extension, au sein de l’espace Schengen. Des échéances électorales proches (notamment en Italie) les amènent à sur-réagir sur ce thème.
Ils reprochent également au Gouvernement espagnol son opposition tenace à la politique étrangère belliciste de l’administration Trump, à ses exigences en matière de ré-armement de l’Europe et à son soutien inébranlable aux opérations meurtrières menées par Israel en Palestine. À cet égard, il est notable que les dirigeants de ces deux pays ont fustigé sans ménagement la soi-disante tolérance espagnole en matière migratoire.
D’ autre part, certains des dirigeants signataires - proches du courant politique européen animé par le PPE - auraient pu saisir l’occasion de l’ « affaire » Ceuta pour participer indirectement à la déstabilisation en cours du Gouvernement socialiste espagnol.
L’attitude plus mesurée - plus digne - des rares dirigeants non-signataires doit être ici relevée. En particulier celle du Président français (pourtant à l’avant veille d’élections très incertaines) - de son collègue portugais (par solidarité ibérique ?) - et luxembourgeois (par respect de l’esprit de solidarité européenne et … des bons usages diplomatiques ?).
Il reste à espérer que l’affaire Ceuta sera peut-être aussi « une bonne occasion » pour les Institutions de l’UE de réfléchir plus sérieusement aux moyens de concilier certaines pressions migratoires (en dehors des cas d’asile climatique et politique) avec des intérêts économiques réciproques - notamment en matière d’emploi et de formation professionnelle (1)
NB Un éditorial du journal Le Monde expose un point de vue proche de celui développé ici : https://journal.lemonde.fr/data/5695/reader/reader.html?t=1785614034189#!preferred/0/package/5695/pub/8373/page/3/alb/312033
Jean-Guy Giraud
02 - 08 2026
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(1) voir : « CEUTA : UN EFFET DÉCLENCHEUR POSITIF AU NIVEAU EUROPÉEN ? » (https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com)




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