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BREXIT : "NO DEAL" SUR LES SERVICES FINANCIERS



La City prend le grand large ...


Le 1 Juillet 2021, le Chancelier de l’Echiquier britannique a prononcé le traditionnel "Mansion House speech" devant un parterre de professionnels de la finance de la City. Ce discours est a été l’occasion d’effectuer un bilan et de tracer des perspectives relatifs au marché financier du RU (1)

Cette année, l’accent était mis sur deux axes majeurs liés l’un à l’autre :

la complète libération de ce marché vis à vis de l’UE,

la poursuite de l’expansion mondiale de l’industrie financière britannique (2).

La rupture est consommée

Sur le premier point, le Chancelier a pris acte - pour la première fois publiquement - de l’échec de la négociation post-brexit UE/RU sur la libre circulation des services financiers.


On sait que ce secteur avait été exclu du dossier général de l’accord commercial et devait être négocié séparément. D’entrée de jeu, la Commission - qui traitait ce dossier pour l’UE - avait refusé de maintenir le régime du “passeport” général permettant aux opérateurs britanniques de conserver un libre accès à l’ensemble du marché européen. Elle avait cependant proposé de négocier cet accès, secteur par secteur, sous le régime des “équivalences” cad d’autorisations spécifiques et révocables impliquant le respect des règles - notamment prudentielles - fixées par l’UE pour son propre marché.

Il semble que - pour des raisons non précisées - ces négociations n’aient pu aboutir. C’est ce que vient de confirmer officiellement le Chancelier dans les termes suivants :

"Our ambition had been to reach (with the EU) a comprehensive set of mutual decisions on financial services equivalence.That has not happened. Now, we are moving forward, continuing to cooperate on questions of global finance, but each as a sovereign jurisdiction with our own priorities." Faute donc d’accord bi-latéral (“no deal”), les relations financières entre l’UE et RU seront donc dorénavant régies par les accords internationaux en vigueur - notamment dans le cadre de l’OMC. Des conséquences notables mais encore imprécises Les conséquences d’une telle rupture pourraient à moyen terme affecter notablement les très actifs courants d’affaires entre les deux parties et avoir d’importantes répercussions dans d’autres secteurs économiques. Toutefois, aussi longtemps que les règles britanniques resteront de facto alignées sur celles de l’UE, ces répercussions devraient demeurer limitées. Mais les opérateurs britanniques ne pourront opérer librement dans l’UE ou à partir de celle-ci que s’ils délocalisent leur siège londonien dans l’UE. Délocalisation qui s’est déjà partiellement concrétisée au profit de places telles que Amsterdam, Frankfurt, Dublin, Luxembourg ou - dans une moindre mesure - Paris.


On saura sans doute un jour (3) dans quelle mesure cette rupture est due à l’exigence des négociateurs européens - soucieux à juste titre de préserver l’intégrité du marché européen - ou à la volonté délibérée des britanniques de "couper les ponts”, de s’affranchir de toutes attaches règlementaires exogènes et de renforcer son rôle dans la “global finance” à l’échelle mondiale.

Un concurrent redoutable dans la "global finance"

Le Chancelier n’a en effet pas fait mystère de ses ambitions relatives au développement international des activités de la City qui s’appuieront probablement d’avantage encore sur les liens étroits avec le marché américain en vue de conforter un grand pôle financier transatlantique (4). D’autre part, des négociations ont déjà été entamées avec d’autres grands centre financiers internationaux tels que la Suisse (5).


Face à un partenaire de poids ainsi devenu un concurrent redoutable, l’UE se voit donc contrainte d’accélérer la trop lente harmonisation de son marché intérieur des capitaux. Tout en tenant compte des (comparativement plus) fortes exigences des normes européennes en matière concurrentielle, environnementale, sociale, de lutte contre la corruption ou le blanchiment.


Au vu rôle et de la globalisation croissants des services financiers dans l’économie mondiale, il s’agit pour l’UE d’un tournant et d’un défi majeur à relever. Puissance normative par excellence, celle-ci devra également veiller à préserver à la fois l’autonomie et la compétitivité des opérateurs européens dans un secteur aussi névralgique (6).

Jean-Guy Giraud 04 - 07 2021

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(1) https://www.gov.uk/government/speeches/mansion-house-speech-2021-rishi-sunak voir aussi https://www.piie.com/blogs/realtime-economic-issues-watch/after-orderly-brexit-new-european-financial-landscape-starts

(2) "The UK’s financial services industry manages assets worth £9.9 trillion pounds”

(3) on sait en vérité peu de choses sur le déroulement avorté de ces négociations, menées directement, côté européen, par les services de la Commission et les représentants des Ministères des Finances particulièrement concernés - avec l’”appui” de l’expertise des grands opérateurs privés (X)

(4) voir https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/2018/09/19/brexit-vers-un-giga-marché-financier-transatlantique

(5) les relations très tendues entre l’UE et la Suisse pourraient provoquer la rupture d’autres “ponts” financiers entre l’UE et le monde extérieur.

(6) voir aussi : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/brexit-et-services-financiers-uk-et-ue-entrent-dans-le-dur