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ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, POLÉMIQUES FISCALES ET ENGAGEMENT EUROPÉEN DE LA FRANCE



(Note : ce blog est en principe dédié aux seules questions européennes - mais, en l’occurence, l’enjeu de l’élection présidentielle d’Avril 2022 pourrait aussi porter sur la poursuite de l’engagement européen français)

A la veille de l’élection présidentielle française, il apparaitrait que la préoccupation principale des électeurs soit la baisse de leur pouvoir d’achat.

Baisse due à la combinaison de la stagnation du niveau des revenus (notamment salariaux) d’une part - et de la hausse rapide de l’inflation (notamment des prix des produits énergétiques et alimentaires) d’autre part.

Cette situation affecte plus particulièrement la catégorie de personnes en situation de pauvreté - soit près de 20% de la population selon l’INSEE.


En même temps s’accroit le phénomène d’enrichissement (revenus et patrimoine) d’une petite minorité de personnes (1%).

Les effets de ce double phénomène sont, en règle générale, atténués en agissant sur deux leviers : celui des prestations sociales de diverses natures et celui de la fiscalité.


Mais l’efficacité de ces deux leviers est limitée par deux facteurs :

  • d’une part la situation budgétaire (déficit/dette) de l’Etat limite la croissance des dépenses sociales,

  • d’autre par la correction fiscale sur les plus hauts revenus/patrimoines s’avère déficiente.

C'est sans doute ce dernier point - celui de la "justice fiscale" - qui est ressenti le plus négativement par les catégories les moins favorisées. Elles ont souvent le sentiment - plus ou moins confus - que le niveau d'imposition sur les plus hauts revenus et les plus grosses fortunes n’est pas à la hauteur du décalage réel ou ressenti. Au surplus - et c’est le point le plus irritant - elles constatent que l’effet même de cette imposition est limité par des pratiques assez largement répandues d’optimisation voire d’évasion fiscales.


Il est en effet généralement admis que ces systèmes d’imposition - souvent inutilement complexes - présentent de nombreuses failles susceptibles d’en diminuer considérablement l’impact sur les personnes concernées. Failles qui seraient systématiquement exploitées grâce au recours à des officines spécialisées. Au surplus, l’administration fiscale elle même - pourtant à l’origine de l’élaboration de la législation concernée - s’avoue consciente de ces pratiques mais se déclare impuissante à les prévenir ou les sanctionner.

Tout ceci est bien évidemment susceptible de provoquer l’irritation et même la perte de confiance d’une partie de l’opinion vis à vis non seulement des autorités fiscales mais aussi, plus largement, du “pouvoir” en place.

S’y ajoute la polémique plus récente sur les cabinets de conseil auxquels il est notamment reproché - du moins à certains d’entre eux - de se soustraire au paiement de l’impôt sur les bénéfices tirés de leurs prestations effectuées … pour l’Etat lui-même. Plus largement, c’est la question de l’optimisation/évasion fiscales du fait des sociétés qui vient s’ajouter à celle relative aux particuliers relevée ci-dessus.


A la veille de l’élection présidentielle et dans le contexte de la perte de pouvoir d’achat - voire de paupérisation - d’une partie de la population, cette double polémique est instrumentalisée par les partis politiques “extrêmistes”, de gauche comme de droite. Ces partis peuvent l’utiliser comme arguments pour promouvoir des réformes plus profondes et plus politiques, susceptibles d’affecter, par exemple, les engagements du pays dans le cadre de l'UE.


Les sondages semblent prévoir, pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, un faible écart entre le Président sortant - favorable à l’UE - et un autre candidat de l’extrême gauche ou de l’extrême droite - tous deux beaucoup plus réticents sur la question européenne.


Il serait dommage que, pour les raisons évoquées ci-dessus, l’engagement de la France envers l’unité européenne s’en trouve remis en question.

Jean-Guy Giraud 03 - 04 - 202