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GARE AUX VIRUS … FINANCIERS !



Il est d’ores et déjà certain que la crise du corona virus aura d’importantes conséquences néfastes sur l’économie européenne. Les taux de croissance - déjà faibles - du PIB des États membres pourraient reculer de plusieurs points suite aux difficultés de fonctionnement de leurs entreprises et de la réduction du volume des échanges.


De la crise économique à la crise financière via le "Shadow Banking"

Mais cette probable crise économique risque d’être considérablement aggravée par une crise parallèle du secteur financier.


Si les banques centrales de l’UE - sous la conduite et avec l’appui massif de la BCE - devraient pouvoir soutenir l’activité et préserver la liquidité des établissements financiers classiques, le système parallèle du shadow banking et des produits dérivés est susceptible de poser de plus graves problèmes.


On sait que le développement anarchique et incontrôlé de ces produits - notamment à partir des États-Unis et du Royaume-Uni (appuyé sur le réseau de paradis fiscaux qui lui sont liés) a été une des causes principales de la crise de 2008 (à partir des fameuses subprimes fondées sur le secteur immobilier américain).


Depuis lors, la réglementation européenne, progressivement et laborieusement mise en place, est censée au moins encadrer et surveiller ce marché “over the counter” - sans toutefois être en mesure de le réglementer et, surtout, de prévenir son éclatement comme en 2008.


Mais il est vite apparu que la crise de 2008 n’a en rien ralenti la croissance et la diversification extrême de la finance dérivée (1), en particulier aux États-Unis où on constate la multiplication de pratiques et de “bulles” spéculatives - y compris dans le secteur … immobilier (2).


Ainsi, la fragilité du secteur financier considéré globalement est aujourd’hui aussi grande - sinon plus - qu’en 2008. Et un choc économique aussi brutal que celui qui sera inévitablement causé par la crise sanitaire mondiale actuelle pourrait à nouveau déstabiliser l’ensemble de ce secteur.


L’effet aggravant du retrait du RU

D’autre part, le retrait en cours du RU de l’UE pourrait aggraver les choses dans la mesure où le marché des produits dérivés est essentiellement  conçu et géré à Londres et donc, à présent, hors du contrôle des autorités européennes (3).


Comme le notait la BCE déjà en 2018 :


“Une perturbation significative affectant une contrepartie centrale majeure du Royaume-Uni pourrait entraîner une diminution importante de la liquidité au sein de la zone euro. La capacité de l’Eurosystème à surveiller et à gérer les risques présentés par les contreparties centrales du Royaume-Uni sera affectée négativement si celles-ci ne plus soumises au cadre réglementaire et de surveillance applicable aux contreparties centrales de l’Union”.


"Why did nobody notice it ?"

Bien entendu, les autorités de l’UE - en premier lieu la BCE (1) et plus particulièrement le Conseil Européen du risque systémique - sont pleinement conscientes du risque ainsi encouru par l’ensemble du secteur financier européen et devront prendre, dans les meilleurs délais, toutes les mesures de sauvegarde nécessaires, en liaison - et, espérons-le, en pleine coopération - avec leurs homologues anglo-saxons.


La crise passée, il faudra bien que soit ré-examiné avec plus de détermination l’ensemble des problèmes posés par le “ shadow banking” de manière à assurer une protection adéquate de l’ensemble du secteur financier européen - cad des finances publiques, des contribuables et des épargnants.


“Why did nobody notice it ? ” se serait interrogée la Reine Elizabeth II en Novembre 2008. De nombreux citoyens européens se sont alors posé la même question. Mais, cette fois, il sera difficile d’évoquer un quelconque effet de surprise.


Jean-Guy Giraud  16 - 03 2020

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NB Nous n’avons pas ici tenté de donner une description du vaste et complexe système des produits dérivés. Une abondante documentation est disponible en ligne (voir par exemple : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52009DC0332&from=FR


Nous avons seulement voulu insister sur les caractéristiques négatives de ce système : son développement anarchique et transfrontalier, son caractère spéculatif, son instabilité et son potentiel systémique.



(1) voir https://www.ecb.europa.eu/ecb/legal/pdf/oj_joc_2017_212_r_0004_fr_txt.pdf : "le caractère transfrontalier et systémique de la compensation centrale s’est nettement accentué (…).  Du fait de l’intégra­tion des marchés financiers de l’Union, le rôle des CCP a évolué, passant de celui de fournisseurs de services répondant principalement à des besoins nationaux à celui d’infrastructures critiques à l’échelle des marchés financiers de l’Union. Ces évolutions ont entraîné un accroissement spectaculaire de la taille et de l’importance des contreparties centrales dans l’Union et dans le monde.


(2) voir une récente analyse du New York Times : https://www.nytimes.com/2020/03/04/magazine/wall-street-landlords.html?te=1&nl=the-new%20york%20times%20magazine&emc=edit_ma_20200306&campaign_id=52&instance_id=16518&segment_id=21940&user_id=d422cfb9675ebe66db75b496ee419649&regi_id=7382178220200306


(3) "Actuellement, les contreparties cen­trales établies au Royaume-Uni compensent d’importants volumes d’opérations libellées en euros (…) Ainsi, une perturbation significative affectant une contrepartie centrale majeure du Royaume-Uni pourrait entraîner une diminution importante de la liquidité au sein de la zone euro. La capacité de l’Eurosystème à surveiller et à gérer les risques présentés par les contreparties centrales du Royaume-Uni sera affectée négativement si celles-ci ne plus soumises au cadre réglementaire et de surveillance applicable aux contreparties centrales de l’Union". BCE 2017