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BREXIT : CE N'EST QU’UN AU REVOIR ?



Au moment où le Royaume Uni quitte l’UE, il convient de garder à l’esprit les conditions dans lesquelles cette décision a été prise dans “la plus vieille démocratie du monde”. 

Quelques rappels de chiffres d’abord qui relativisent l’ampleur et la nature du consensus populaire:


Sur le referendum de 2016

Les opposants au Brexit ont tout de même recueilli 48,11% des voix - et ont été majoritaires dans la région de Londres (59,93%), en Écosse (62,00%), en Irlande du Nord (55,78%) et … à Gibraltar (95,9%).


D’autre part, les plus jeunes classes britanniques ont massivement ou majoritairement voté contre le Brexit : 71% des 18/24 ans et 54% des 25/49 ans.


De même, une forte majorité des votants les plus éduqués (titulaires d’un “degree”) ont également voté contre à 68%.


Autrement dit, les partisans du Brexit ont représenté une tranche - faiblement majoritaire - de population, principalement  “provinciale", âgée et peu éduquée.


Sur les élections législatives de 2019

La forte majorité en sièges obtenue par le parti conservateur (en grande partie sur le thème du Brexit) ne reflète que partiellement les résultats du vote populaire.


Le système électoral “first-pass-the-post” a permis à ce parti majoritaire de gagner 56,1% des sièges au Parlement alors qu’il n’a recueilli globalement que 43,6% des suffrages.


Pour le Labour, l’équilibre a été est mieux respecté : 31,2% des sièges pour 32,2% des voix.

Le déséquilibre le plus frappant a affecté le parti Libéral (le plus européen): avec 11,5% des suffrages, il na recueilli que … 1,6% des sièges (soit 11 députés sur 650).


(D’autre part, il convient de rappeler que, pour la première fois, les trois parlements écossais, gallois et nord-irlandais ont rejeté le Brexit Bill final).


Cette relativisation chiffrée de la "décision des britanniques” de quitter l’UE peur être complétée par plusieurs autres considérations de caractère juridique et sociologique.


Sur le système juridique

Tout au long des débats parlementaires ayant précédé le vote final de Westminster sur le Brexit, on a pu découvrir diverses “spécificités" du système britannique qui ont pu avoir un impact sur l’issue finale.


Le régime constitutionnel sui generis du Royaume n’a pas facilité la préparation politique de la décision finale - notamment du fait de l’ambigüité du partage des pouvoirs entre Gouvernement et Parlement. À plusieurs reprises, les différentes “Cours Suprêmes” ont dû intervenir pour tenter de clarifier des situations complexes. De même, les arcanes ancestrales de la procédure parlementaire ont nui à la clarté des débats de la Chambre des Communes. Les “avis” mieux argumentés de la Chambre des Lords sont restés lettres mortes. Tous ces éléments ont clairement joué en faveur du “Leave”.


Le contrôle du financement des campagnes référendaire et législative s’est avéré inopérant et laxiste, laissant finalement libre cours à de très généreuses “donations” ou “prêts” (!) de riches partisans du Brexit.


Sur l’irruption du populisme

On ne soulignera jamais assez l’influence déterminante de la presse populaire eurosceptique sur l’opinion - en particulier sur les classes les moins éduquées et les plus âgées. Son rôle de sape systématique et quotidienne à l’encontre de l’UE - apparu dès l’entrée du RU dans l’UE - a atteint un climax lors du débat sur le Brexit, multipliant fake news, caricatures injurieuses et attaques personnelles. Rôle d’ailleurs amplifié par les réseaux sociaux largement dominés par les brexiteers.


C’est aussi sur cette même ligne de caractère populiste que se sont profilées la campagne électorale et la personnalité de Boris Johnson. Refusant tout débat de fond sur le Brexit, le futur Premier Ministre s’est limité à asséner répétitivement quelques slogans assortis de mises en scène spectaculaires - “réduisant ainsi la politique à l’humour (…) celui des mauvaises blagues que l’on fait pour éviter de répondre aux vraies questions" (1)

Ces quelques rappels ont seulement pour but de remettre en perspective “la décision du peuple britannique” de quitter l’Union. La réalité des choses est bien plus contrastée : ce n’est finalement qu’une partie de ce peuple qui a soutenu cette séparation sans d’ailleurs avoir été mise en situation de mesurer ni les raisons ni les conséquences du divorce. "L’autre partie" du Royaume ne s’est d’ailleurs pas évaporée au 31 Janvier 2020 : la nouvelle génération éduquée et urbaine qui prendra progressivement les rennes du pouvoir politique et économique du pays pourrait bien remettre en question une décision prise dans des conditions pour le moins contestables. 



Jean-Guy Giraud  31 - 01 - 2020

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(1) voir l’excellente analyse de Théodore Zeldin : https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Le-Brexit-nest-debut-crise-venir-2020-01-31-1201075447