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UKRAINE : MAIS QUE FAIT L’UE ?



Mais que fait l’Union européenne face au risque imminent d’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Face à la menace d’une agression contre un Etat européen “voisin et partenaire” ?

Face au risque d’une guerre à ses propres frontières ?

Face à l’éventualité de nombreuses victimes, militaires et civiles ?

Face à la très forte probabilité de dégats économiques considérables et de chaos politique durable ?


Soyons plus précis : que fait le Conseil Européen - instance suprême de l’Union - devant une situation aussi dramatique ?


On hésite à répondre : rien.


En tout cas, rien de public ni d'officiel et donc rien qui puisse avoir une influence quelconque sur les évènements.


Certes, plusieurs diplomaties nationales sont à l’oeuvre pour rechercher une solution politique négociée - notamment la France, l’Allemagne ou la Pologne.


Cependant, même si leurs initiatives séparées sont sans doute plus ou moins coordonnées, elles n’ont pour l’instant donné aucun résultat.


Les préparatifs militaires russes n’ont fait que s’intensifier au point d’encercler à présent - de tous côtés - le territoire ukrainien.


Les seules réactions en terme de défense - limitées mais concrètes - sont venues d’Etats tiers sans lien territorial avec l’Ukraine : des USA et du Royaume Uni.


Les seules réactions diplomatiques multilatérales sont venues d’une organisation non européenne : l’OTAN.


Elles non plus ne semblent pas être prises au sérieux par la Russie. Pire, elles risquent de servir de prétexte supplémentaire à l’agression.


Devant l’imminence d’un conflit d’une telle ampleur : une guerre en Europe - devant la pire situation que l’on puisse imaginer sur le continent européen, le silence de l’Union européenne a quelque chose de désespérant.


Désespérant d’abord pour la population ukrainienne.


Mais désespérant aussi pour l’ensemble des citoyens européens qui doivent constater l’impuissance et la paralysie d’une Union qui se dit pourtant “puissance globale”.


Pour toutes ces raisons, le silence du Conseil européen est incompréhensible.


Car c’est précisément pour affronter de telles situations de crise que cette Institution a été créée - notamment en matière de sécurité et de défense.


Dans de telles circonstances, ce sont en effet les chefs d’Etat et de Gouvernement qui ont la responsabilité de concevoir et mettre en oeuvre sans délai la défense des intérêts vitaux de l'Union et de ses plus proches partenaires.


Dans de telles circonstances, la carence du Conseil européen ne peut pas être justifiée par des arguties juridiques sur les compétences ou les modalités de vote.


Le fait que l’un ou l’autre dirigeant en place refuse une intervention du Conseil dans cette crise devrait être simplement ignoré.


Car il est certain qu’une forte majorité de ces dirigeants sont en fait résolus à prendre une position commune, forte et explicite, sur une affaire aussi grave.


“Lorsque la situation l’exige, le président convoque une réunion extraordinaire du Conseil européen” (art. 15§3 TUE).

Qu’attend le Président en fonction - M. Michel - pour prendre cette initiative ? Pourquoi la Présidence en exercice du Conseil - ou tout autre Etat membre - ne le font-ils pas ?


Les consultations auxquelles il est sans doute procédé dans les chancelleries ne peuvent durer d’avantage au risque de confronter l’UE à un fait accompli.


La convocation du Conseil européen dans les tous prochains jours aurait pour effet d’accélérer les préparatifs de l’indispensable intervention européenne vis à vis de la Russie.

Et il ne peut plus s’agir de simples sanctions économiques ou personnelles à voter à l’unanimité.


Il s’agit de s’opposer directement, catégoriquement au nom de 450 millions d’européens au déclenchement d’une invasion ou même d’une agression sans motif et sans raison d’un pays européen, voisin et partenaire de l’Union.

Un voisin dont le seul tort est de vouloir progressivement s’orienter vers un type de société et de civilisation démocratiques et respectueuses des droits humains.


Orientation par ailleurs soutenue - mais non imposée - par l’Union elle même depuis de nombreuses années.

C’est à partir d’une telle déclaration - nette et sans réserve - que l’UE pourrait prendre de façon coordonnée toutes les mesures exigées par l’évolution de la crise.


Mesures qui seraient d’ailleurs basées sur plusieurs dispositions des traités - précisément prévues pour ce type de situation extrême.


En toute hypothèse, le Conseil européen ne peut pas attendre sa prochaine réunion (le 10 Mars …) pour se saisir de cette crise majeure - plus grave encore que celle qui a abouti à l’invasion de Crimée puis à la guerre du Dombass en 2014 - laquelle a causé plus de 10.000 victimes et 2 millions de personnes déplacées.

Dans de telles circonstances, le silence de l’Union lui ferait perdre une partie de sa raison d’être et même de son âme. N’oublions pas que, lors de la révolution de Maïdan, ce sont des drapeaux européens (et non ceux de l’OTAN) qui ont flotté dans les rues de Kiev.

Jean-Guy Giraud 13 - 02 2022