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PANDÉMIE CORRUPTRICE : L'ALERTE D'ALEXEÏ NAVALNY



"L’un des principaux facteurs de la victoire des talibans (en Afghanistan), c’est que l’Occident "n’a pas remarqué” la corruption absolue dans les gouvernements d’Hamid Karzaï et d’Ashraf Ghani et n’a pas souhaité aborder ce sujet désagréable, à titre personnel,pour les deux hommes”

“Les extrémistes religieux de tout poil peuvent plus facilement répandre leur propagande quand leurs adversaires circulent en Rolls-Royce dans les rues de leurs pays misérables (…)

"Les crises migratoires sont causées par la pauvreté et celle-ci presque toujours par la corruption

"Nous ne devons donc pas trouver gênant de poser des questions sans ambiguïté à des autocrates corrompus en les mettant personnellement en cause”

“La corruption dans les pays autoritaires a ceci de spécifique qu’elle utilise les infrastructures financières occidentales : dans 90% des cas, ce qui a été volé est mis à l’abri en Occident”

“(Proposer un débat avec Poutine) au sujet de la corruption (…) c’est une attaque personnelle. Tout est embarrassant (…) Cela revient à proposer un débat à l’homme le plus riche du monde, un homme qui a dévalisé son pays : “comment lutter contre vous ?” C’est très gênant."

“Poutine achète par paquets des mouvements d’extrême droite ou d’extrême gauche dans toute l’Europe , si bien que leurs politiciens deviennent ses oligarques et agents”


Etc, etc ...


Ainsi s’exprime Alexeï Navalny depuis sa prison russe dans un article tout à fait remarquable du journal Le Monde daté du 19 août 2021 (1).


Et il y invite les dirigeants occidentaux à placer la corruption au coeur des sommets internationaux” en proposant une série de premières mesures concrètes :

  • créer une catégorie spécifique de "pays qui encouragent la corruption” afin d'appliquer une batterie de mesures spécifiques à l’encontre de ce groupe de pays (plutôt que des Etats pris individuellement),

  • appliquer une obligation de transparence sur tous les contrats conclus par des entités occidentales avec les entreprises de ce groupe de pays,

  • diriger les sanctions individuelles contre les vrais responsables (par exemple les grands oligarques russes) et non pas seulement contre les exécutants de deuxième rang,

  • inciter les agences anti-corruption occidentales à ne pas réserver un traitement privilégié aux étrangers corrompus et à donner suite aux signalements des ONG,

  • créer une commission internationale chargée de surveiller l’”exportation de la corruption politique” en Occident par les dirigeants corrompus.


Vaste programme !


Les diplomates et représentants des intérêts économiques occidentaux apprécieront sans doute la justesse du diagnostic et la vigueur du propos. Mais, pour autant, ils resteront réservés - au nom de la real-politik - sur l’opportunité ou la faisabilité des mesures proposées.


De fait, une politique volontariste et interventionniste de lutte contre la pandémie corruptrice ne peut être menée que de façon coordonnée à l’échelon international.


En pratique, des organisations mondiales telles que les Nations-Unies, le FMI, la Banque mondiale possèdent des outils mobilisables pour cette sorte de “croisade” - mais leur composition même limite leurs marges de manoeuvre. Celles des organisations régionales occidentales - comme l’OCDE, l’UE et même l’OTAN - sont peut-être plus étendues et elles pourraient plus aisément s’entendre sur une large gamme de mesures anti-corruption du type de celles proposées par Alexeï Gavalny. Dans tous les cas, la coopération active des USA - puissance occidentale dominante - serait évidemment indispensable.


Parmi toutes ces organisations, l’Union européenne est sans doute - pour toutes sortes de raisons - la mieux placée pour prendre la tête de ces initiatives. Comme l’écrit Alexeï Navalny, “c’est une question de détermination et de volonté politique des dirigeants” .


Bien conscient des réticences des gouvernements occidentaux, il lance un avertissement volontairement dramatisant :


Je crains que le prochain attentat ne soit causé, peut-être, par une arme chimique dans les conduites d’eau d’une grande ville ou par une attaque destructrice des infrastructures d’un pays entier”.

Espérons qu’il ne sera pas nécessaire d’en arriver là pour “réveiller” les dirigeants politiques occidentaux. Mais le fait est que, mobilisés par les crises sanitaire et climatique, tétanisés par le pouvoir de nuisance des puissances corruptrices et soucieux de la préservation de certains intérêts économiques, ils sont encore très loin de donner la priorité à la lutte contre la pandémie de la corruption.



NB Cet article de Alexeï Navalny rejoint certaines des observations faites ici dans une note précédente du 19 Août 2021 intitulée “Le nécessaire contrôle de l’aide internationale




Jean-Guy Giraud 21 - 08 - 2021

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(1) https://journal.lemonde.fr/data/1590/reader/reader.html?t=1629474962758#!preferred/0/package/1590/pub/2139/page/26/alb/104978