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LE RANG DE L’ UE DANS LE CLASSEMENT DÉMOCRATIQUE MONDIAL



L’ONG  “V-Dem Institute” a publié son Democracy Report 2020 qui constitue un des efforts les plus accomplis de mesure de l’état de la démocratie dans les différents Etats du monde - en utilisant une “state of art methodology” qui combine et croise un grand nombre de critères tels que régimes électoraux, liberté d’expression, état de droit, libertés individuelles, etc … (voir p. 32)


Les conclusions générales de ce rapport sont sans surprise - ainsi que les résume le passage suivant (page 4) : 


"IN JUNE 2019, VLADIMIR PUTIN declared liberalism to be “obsolete”.  At first sight, the data reported in this Democracy Report appear to support this assertion because they show a global decline in liberal democratic institutions. For the first time since 2001, there are more autocracies than democracies in the world. Hungary is no longer a democracy, leaving the EU with its  first non-democratic Member State. India has continued on a path of steep decline, to the extent it has almost lost its status as a democracy.  The United States – former vanguard of liberal democracy – has lost its way."




Mais nous sommes ici plus particulièrement concernés par la situation au sein de l’UE et, plus largement, de l’Europe. 


Le tableau ci-dessous est tiré du classement de 179 pays (pages 30 et 31). Il montre que les pays européens se situent globalement en tête de ce classement (dont les USA n’occupent que la 36ème place). 


Plus précisément, on relève que parmi les 25 pays les plus “démocrates” du monde (au sens dudit rapport), 13 d’entre eux appartiennent à l’UE - dont 3 en tête de liste : DK, EST, SUE (et même 5 si on y ajoute SUIS et NORV).


Toutefois, l’autre partie des Etats membres de l’UE - essentiellement composée des “nouveaux” Etats de l’Est et des Balkans - accuse un score nettement inférieur. C’est notamment le cas de 4 d’entre eux : POL, BUL, ROU et HON. Certains accusent même une détérioration de leur situation depuis 2010 (en rouge sur le tableau). De même, les 6 Etats des Balkans candidats à l’adhésion se situent plus bas encore que les précédents (parfois même au dessous de … l’Inde). 


Cette analyse - indépendante et plus complète que celles fournies par l’UE ou le Conseil de l’Europe - confirme à la fois la bonne santé et l’exemplarité démocratiques des anciens Etats de l’UE par rapport au reste du monde et le décrochage persistant des nouveaux, phénomène qui serait sans doute aggravé par l’adhésion des candidats.


Elle recoupe bien le malaise diffus causé par cette coupure dans l’opinion, malaise alimenté la chronique des multiples atteintes aux “valeurs”, révélées répétitivement par la presse.                 


Et elle met en relief l’incapacité de l’Union - en dépit de tous ses efforts - à maitriser une situation qui affecte aussi de nombreux autres Etats en dehors de l’Europe (y compris chez 4 des 5 grandes puissances mondiales).

Incapacité qui, compte tenu des aspirations de l’UE à constituer un modèle et un havre de démocratie, doit bien être considérée comme un demi échec - remettant en tout cas en cause l’axiome selon lequel le développement socio-économique et l’ouverture des échanges entraineraient immanquablement le progrès démocratique. Tel n’est pas à l’évidence le cas ... du moins pas encore. 


Dans son état pré-fédéral actuel, l’Union ne dispose pas de moyens directs pour maitriser les dérives anti-démocratiques chez certains de ses membres (actuels comme futurs). La mise en oeuvre de moyens indirects - des subventions budgétaires (1) destinées à la démocratisation des structures et de la société civile - ne pourrait avoir d’effet qu’à moyen ou long terme. 


Il faut toutefois bien distinguer dans cette analyse les notions respectives de pays/société d’une part et de gouvernement en place/appareil d’Etat de l’autre. L’expérience montre - que lorsque des partis libéraux parviennent à se hisser au pouvoir (comme pour la Pologne sous Donald Tusk de 2007 à 2014) - de rapides progrès démocratiques (hélas réversibles) peuvent être accomplis. Dans une certaine mesure, c’est donc une affaire de mobilisation et de détermination de la classe politique “libérale” tout autant que d’immobilité intrinsèque des sociétés concernées.  


Jean-Guy Giraud  07 - 11 2020

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(1) la protection efficace - voire la “sanctuarisation” des crédits européens à destination des Etats membres “sous-démocratiques” - pourrait avoir un effet d’entrainement sur l’assainissement général de la dépense publique dans les pays concernés - voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/vers-une-sanctuarisation-de-la-dépense-communautaire-suite-1




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