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LE RÔLE INTERNATIONAL DU PRÉSIDENT FRANÇAIS



Le débat en cours sur l’élection présidentielle de 2022 ne laissera probablement que peu de place aux questions de politique européenne et internationale. Il sera - sauf évènement imprévu - centré sur les affaires de politique intérieure y compris celles qui dépassent pourtant le seul cadre hexagonal.


De par la Constitution, le Président de la République est un acteur majeur de la diplomatie nationale dans la mesure où l’article 52 lui confie le pouvoir de "négocier et ratifier les Traités" - et stipule qu’il doit être tenu "informé de toute négociation tendant à la conclusion d’un accord tendant à la conclusion d’un accord international non soumis à la ratification.”


Surtout, la présidentialisation croissante du régime de la Vème République a progressivement tendu à concentrer l’essentiel du "pouvoir diplomatique” - dans son inspiration comme dans son initiative et sa direction - dans les mains du seul Président. La manifestation la plus nette de cette évolution est le rôle direct joué par celui-ci dans les enceintes européennes et internationales ainsi que dans les multiples rencontres avec les chefs d’Etat ou de gouvernements étrangers.


Ce phénomène est particulièrement visible du fait de la multiplication des instances internationales (par exemple les G7, G8, G20, etc …) dans lesquelles le Président est amené - en dehors de toute intervention gouvernementale ou parlementaire - à définir, présenter et défendre la position de la France. Sur le plan européen, il exerce cette fonction au sein du Conseil européen lequel est progressivement devenu l’organe “souverain” de l’Union.


Un rôle donc déterminant pour la nation du fait des implications croissantes des engagements extérieurs (et notamment européens) sur l’ensemble de la vie politique et économique du pays.


Dès lors il semblerait important que les diverses candidatures présidentielles soient aussi évaluées au regard de l’aptitude des prétendants à assumer ce “pouvoir diplomatique”. L’expérience montre qu’un tel rôle est particulièrement exigeant - et ce sous de nombreux aspects tels que : l’expérience des affaires et des contacts internationaux, la maîtrise de dossiers souvent complexes, l’habileté de l’argumentation, le pouvoir de conviction et d'empathie, la reconnaissance, l’estime et le respect des pairs, la capacité à nouer des liens personnels avec les dirigeants étrangers, les aptitudes linguistiques, etc …


On pourrait également - en prolongement du "pouvoir diplomatique" - évoquer le rôle du Président en matière de défense. L’article 15 de la Constitution lui confie la fonction de “chef des armées” - même si, en vertu de l’article 21, le Premier Ministre est "responsable de la défense nationale”. On sait que, en pratique, toute intervention militaire, même limitée, est soumise jusque dans ses moindres détails à l’accord du Président. Surtout, l’acte suprême en matière militaire - cad l’utilisation de l’arme atomique - ressort de sa décision exclusive.


On est donc en droit de s’interroger sur la pertinence de candidatures émanant de personnalités qui, à l’évidence, ne semblent pas à la hauteur de telles exigences incontournables. Sauf, bien sûr, à envisager l’hypothèse peu probable d’un Président qui s’en tiendrait strictement à la lettre de ses prérogatives constitutionnelles et délèguerait au Premier Ministre et au Ministre des affaires étrangères l’essentiel du "pouvoir diplomatique”.


Il serait donc souhaitable que l’occasion soit donnée aux électeurs d’apprécier l’aptitude des candidats à exercer ces fonctions extérieures, à gérer ces deux "domaines réservés". On pourrait même estimer que - en amont - la vérification de cette aptitude soit considérée comme une condition préalable à leur désignation par les partis politiques.

Jean-Guy Giraud 09 -11- 2021