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BREXIT : VERS UN "NO DEAL" ANNONCÉ - MAIS ATTÉNUÉ ?


À la veille de l’ouverture d’un nouveau round de négociations UE/UK sur le Brexit, le négociateur britannique, Lord Frost (!) a jugé opportun de publier une nouvelle déclaration offensive dans laquelle il assène que “Britain will not blink nor become a client state of Brussels” (1). Par ailleurs, le Premier Ministre David Johnson a annoncé la création d’un “No 10 Transition Hub” chargé expressément de préparer en urgence une situation de No Deal - c’est à dire d’absence de tout accord sur les relations futures UE/UK au 31 décembre? 2020, date de la fin de la période transitoire.  La thèse du “complot" se précise-t-elle ? Un nombre croissant d’observateurs parvient progressivement à la conclusion que “Brexit ideology trumps Brexit pragmatism in the UK government” et que, si le RU souhaite "sauter de la falaise” pour des raisons idéologiques, l’UE n’a aucun moyen de le retenir. Ainsi semble se confirmer l’idée selon laquelle une partie influente de l’Establishment anglais (et une majorité au sein du parti conservateur) a constamment, et plus ou moins discrètement, oeuvré pour une restauration totale de la souveraineté et de l’indépendance du RU vis à vis de l’UE - et ce en amont même du referendum Cameron de 2016 qui a mis en branle le processus de Brexit. Restauration qui ne peut s’accommoder de la persistance de liens contraignants quelconques avec l’UE et implique une sortie nette, franche et donc sans accord.  Ce n’est que lorsque le RU aura récupéré cette autonomie qu’un accord commercial classique (type OMC) pourrait être envisagé - avec l’UE comme avec d’autres grandes puissances commerciales déjà sollicitées par le RU (Etats-Unis, Japon, Chine, …).   C’est la thèse du “Complot du Brexit” dont il a été souvent fait état dans ce blog (depuis …2017) auquel nous renvoyons les lecteurs intéressés (2). Complot qui, en résumé, viserait à permettre au RU d’adapter librement ses propres règles sociales, fiscales, budgétaires, environnementales, etc … afin de s’orienter vers une économie moins régulée, plus “business-oriented” et plus concurrentielle ("Singapour on Thames”). Aussi - et c’est l’angle historico-idéologique de l’affaire - les mêmes protagonistes souhaiteraient voir le RU recouvrer en toute liberté au moins une partie de son ancien statut de grande puissance diplomatique et militaire - appuyée sur les Etats-Unis et relayée par le Commonwealth (“The global and glorious Britain”). Vers un No Deal atténué ? Il reste évidemment possible que, si le RU obtenait que l’UE renonce à son exigence de “level playing field” (3) - manifestement incompatible avec l’exigence de totale autonomie évoquée ci-dessus - un accord minimaliste pourrait encore être trouvé. Mais, sur ce point, la position de l’UE est, à juste titre, inflexible : on ne signe par un accord-sans-condition de libre-échange avec une “zone franche” de la taille du RU, à proximité immédiate et aussi imbriquée dans l’économie européenne.      Ceci dit, en cas de No Deal, il faudra bien trouver une forme de modus vivendi entre les deux parties pour éviter le cahos économique et le vide juridique que provoquerait une rupture brutale et totale. Il est possible que l’UE et le RU s’entendent pour conserver pendant une période transitoire et provisoire une partie minimale de l’”acquis” notamment sur le plan de la circulation des biens, des services et … des capitaux. Des “MOU” ("memorandum of understanding”) de caractère technique pourraient être envisagés sur le modèle de ceux qui sont déjà négociés discrètement en matière de services financiers (4).  Mais quel sera l’impact de la crise sanitaire et économique sur la négociation en cours? Certains estiment que la crise pourrait amener le RU à assouplir sa position et à finalement accepter un Deal assorti de conditions. D’autres jugent au contraire que l’ampleur même de cette crise ferait passer la question du Brexit au second plan et permettrait de finaliser en douce le “coup” du No Deal - quitte à faire porter sur l’UE la responsabilité de la rupture : en l’état actuel de désarroi de la société, de l’opinion et du système politique britanniques, l’affaire pourrait même passer quasiment inaperçue.  Le seul aspect positif de cette longue et navrante saga sera la préservation de l’unité et la solidarité - jusqu’ici sans faille - de l’UE27 face à un Royaume Uni avec lequel tant de liens de toute nature unissent “le continent”. Unité qui doit beaucoup à la maitrise et au sens politique de son négociateur Michel Barnier qui a bien mérité de la confiance - sinon de la reconnaissance (5) - de l’Union.  Jean-Guy Giraud  06 - 09 2020 __________________________________________________ (1) voir : Boris Johnson's chief negotiator warns EU that Britain will not become a 'client state' of Brussels | Daily Mail Online (2) voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/boris-johnson-sur-la-voie-de-donald-trump https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/singapore-on-thames-l-avertissement-d-angela-merkel https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/brexit-un-no-deal-pour-une-global-britain (3) voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Level_playing_field (4) voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/brexit-et-services-financiers-une-clarification-souhaitable

(5) voir : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/mr-michel-barnier-la-france-s-honorerait

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