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BON VENT À LA CONFÉRENCE ...



Conférences, conventions, dialogue-citoyens … C’est avec un sentiment de “déjà vu” - mêlé de scepticisme mais aussi d’espoir tenace - que l’on accueille l’annonce du lancement au printemps 2020 d’une é-nième tentative de rapprochement entre l’UE et l’ensemble des citoyens européens : la “Convention sur le futur de l’Europe” (1).


Cet exercice va être largement débattu par les Institutions (notamment au sein du PE qui entend y jouer un rôle majeur) dans les prochaines semaines et la presse s’en fera l’écho. 


On peut donc se limiter ici à quelques premiers commentaires de caractère général (2) :


  1. Ce type d’exercice est toujours utile, au moins dans la mesure où il attire l’attention de l’opinion sur les questions européennes - au delà d’évènements circonstanciels et partiels qui font parfois la une de la presse sans que le public en comprenne bien les tenants et aboutissants. Mais pour qu’il soit vraiment efficace, il doit être précédé et accompagné d’un effort accru d’information sur le système lui-même afin que chaque thème abordé puisse être clairement replacé dans le cadre approprié des compétences et objectifs de l’UE (3). Ainsi, quels que soient les résultats des débats, ce supplément de familiarisation de l’opinion restera acquis. À défaut, il garderait un caractère abstrait, théorique et l’on verrait “se vider rapidement les rangs des spectateurs”. 

  2. Le débat devra également éviter les écueils des querelles idéologiques et partisanes transposées artificiellement au niveau européen. Le risque est grand, en particulier, de transformer la Conférence en une arène où s’affronteraient stérilement les courants europhiles et eurosceptiques, nationalistes et fédéralistes, libéraux et conservateurs, majorités et oppositions, etc … Et ce d’autant plus que, dans ce genre de débat idéologisé, les “bâtisseurs” sont en général en position défensive par rapport aux “démolisseurs” - et réduits à défendre l’”acquis” sans pouvoir faire entendre des propositions constructives. Cela risque d’être particulièrement le cas dans les États membres où les gouvernements en place entretiennent dans l’opinion une image négative de l’Union.

  3. Le principal obstacle à ce type d’opération transversale demeure évidemment l’absence de socle commun - c’est à dire l’inexistence d’un sentiment d’appartenance à une "société européenne” (et plus encore d’”affectio societatis”), d’une “opinion" commune aux différentes composantes nationales, de leaders européens reconnus, de partis politiques européens, etc …D’où, là aussi, la nécessité de centrer les débats sur des thèmes aussi concrets que possible qui puissent concerner toutes et chacune des catégories du public : consommateurs, producteurs, jeunes/actifs/retraités, citadins et ruraux, éduqués ou non, aisés ou non, etc ...       

  4. Le débat ne devra pas faire oublier que "les gens" sont logiquement plus sensibles aux faits et aux résultats qu’aux théories et aux promesses. L’euro-lassitude d’une grande partie de la population européenne est surtout due à la lenteur et aux blocages incessants de "la machine" européenne dont les multiples annonces et promesses mettent trop de temps à se réaliser et ne remplissent finalement que très partiellement les ambitieux objectifs annoncés. Pour cette raison, il est important que, pendant la durée de la Conférence (estimée à deux ans), le plus grand nombre possible de dossiers en instance (parfois depuis plusieurs années) aboutissent enfin, donnant ainsi la preuve en temps réel que Bruxelles peut fonctionner. Le pire serait évidemment, par exemple, que la Conférence s’ouvre sans que la question du financement de l’UE post-2020 ne soit réglée - obscurcissant ainsi singulièrement l’horizon du “futur de l’Union”.  

  5. De même, les organisateurs du débat devront prendre garde à ne pas oblitérer certaines questions embarrassantes mais bien présentes dans l’opinion. On est par exemple surpris de ne pas voir la grande question de l’élargissement de l’UE figurer dans les programmes annoncés par le Parlement comme par la Commission - alors même que la reprise de ce processus (avec la candidature de deux nouveaux États des Balkans) va faire l’objet d’âpres négociations au printemps 2020. Et qu'il est impossible de dissimuler que ce thème est un de ceux qui préoccupent le plus l’opinion dans plusieurs États membres. Il en est de même pour la question de l’immigration qui, pour délicate qu’elle soit, ne peut pas être écartée du débat. 

En conclusion, il faut certes souhaiter le succès de cet exercice qui traduit de louables intentions de démocratisation de l’UE et d’appropriation du "destin européen" par les citoyens.


Mais il ne saurait décharger les dirigeants européens et nationaux de leurs responsabilités - selon la fausse maxime : “Je suis leur chef - je dois donc les suivre” . Tant pendant la durée de la Conférence qu”à son issue, ils doivent démontrer leur propre engagement européen et ne pas donner l’impression de se défausser sur leurs opinions publiques qui, surtout en matière européenne, ne sauraient maitriser la complexité des enjeux.



Jean-Guy Giraud  15 - 01- 2020 

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(1) https://euobserver.com/political/146913

(2) voir aussi : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com/post/futur-de-l-europe-de-la-conference-à-la-convention

(3) chaque participant pourrait par exemple être muni de fiches générales et thématiques qui seraient fournies par la Commission