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DONALD TUSK, UN MODÈLE POUR LE CHOIX DE SON SUCCESSEUR ?



Nous avons parfois repris ici des déclarations du Président du Conseil européen, Mr Donald Tusk, car elles ont été en général marquées d’un mélange d’ambition, de résilience et de réalisme digne d’être relevé. Il est certain que, notamment durant son deuxième mandat, Mr Tusk aura joué, autant que possible et dans des circonstances difficiles, un rôle précieux de facilitateur de "la cohésion et du consensus au sein du Conseil” (art. 15§5b TUE) - notamment entre les anciens et nouveaux membres.

Mais il a aussi fait preuve, au delà de la neutralité exigée par sa fonction, d’initiative, de créativité et d’engagement au service du projet européen en faisant respecter la lettre tout autant que l’esprit des Traités. Sur le sujet épineux du Brexit, il a même soutenu - parfois de façon solitaire - l’espoir de voir le RU renoncer finalement à sa sortie de l’Union.

Enfin, deuxième titulaire (après Mr Van Rompuy) de ce poste créé par le Traité de Lisbonne, Mr Donald Tusk aura contribué à forger la nature de cette fonction et lui aura donné un profil sans doute plus affirmé que ne le prévoyait ce Traité.

Certains estimeront qu’il est ainsi en partie responsable de la prédominance du Conseil européen au sein des Institutions, au détriment de la Commission et du Parlement. C’est sans doute exact. Mais, dans la situation actuelle de fragmentation et de division entre les États de l’UE, la priorité devait être donnée à la préservation de l’essentiel c’est à dire à l’évitement de crise interne grave.

Lors du sommet informel de Sibiu, le 9 mai 2019, Mr Donald Tusk a accordé un long interview (1) dans lequel il s’exprime avec son franc parler habituel. Nous en avons retenu les citations ci-dessous :

Brexit

"Aujourd’hui, nous avons 20 à 30% de chances qu’il n’y ait pas de Brexit … Je ne vois aucune raison de capituler … Je dis à mes collègues d’attendre un peu. L’irritation et la fatigue sont compréhensibles, mais les enjeux sont trop élevés."

Fédéralisme

"Il faut renoncer à l’alternative : fédéralisme ou désintégration. Il faut réfléchir à ce qui doit être amélioré."

L'Occident

"Il n’y a pas de symétrie entre la Russie et la Chine - et l’Amérique ... Sur le plan géopolitique, l’Union trouve une langue commune avec les États Unis - malgré ces problèmes passagers - et le Canada mais également avec l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon et la Corée du sud. … Tout le monde n’est pas obligé d’être fan de Donald Trump, mais cela ne doit pas nous amener à remettre en question l’Occident comme phénomène de culture au coeur duquel se trouvent les libertés et les droits de l’homme. L’UE ne défendra pas ces valeurs à elle seule à l’échelle mondiale."

L’infiltration (illibérale)

"L’infiltration progressive affecte l’ensemble de l’Union ... Elle est menée par la Russie, la Chine, la Turquie et les pays arabes riches. Ce n’est pas seulement des affaires ou l’internet. Ce sont des idées."

La faiblesse du centre

"Le problème est en nous, nous avons des peurs, des doutes et des irritations. Le plus grave est que les partis du centre s’affaiblissent parce qu’ils sont de plus en plus à côté des émotions des gens. Ils perdent leurs réflexes, leur sens des responsabilités et leur combativité. La démocratie libérale, outre ses valeurs, doit aussi montrer ses muscles.

Jean-Guy Giraud 10 - 05 - 2019

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/10/donald-tusk-si-les-democraties-liberales-ne-peuvent-garantir-le-sentiment-de-securite-elles-perdront_5460465_3210.html