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FRANCE : VERS UN RENOUVELLEMENT DE LA CLASSE POLITIQUE ?



L'hypothèse de l'élection d'un Président de type nouveau, apportant des idées nouvelles, appuyé sur un nouveau "parti" politique et bénéficiant d'un nouveauconsensus au sein de l'opinion, ouvre la porte à bien des espoirs pour la France.

Cependant, pour que toutes ces promesses se réalisent et pour ne pas affaiblir, dès le départ, la crédibilité du projet, il faudrait se garder de laisser se perpétuer ou se développer, dans le recrutement des nouveaux dirigeants certaines pratiques - bien connues et documentées - qui ont contribué à affaiblir la confiance et l'estime des "gens" vis à vis du "pouvoir", et, plus concrètement, à l'égard de la "classe" des responsables politiques.

Pour faire bref et clair, ces pratiques peuvent être présentées sous la forme et la terminologie critiques souvent utilisées, parfois avec quelque exagération et caricature :

  • l'"élitisme" : les responsables politiques ne devraient plus être considérés - ni se considérer - comme une classe à part de "sachants" disposant du monopole de la connaissance, de la compétence et donc du pouvoir. Une "élite" - même "républicaine" - devrait demeurer au service et à l'écoute du peuple dont elle tire sa seule légitimité

  • "le corporatisme" : il n'est pas sain ni justifié que les dirigeants émanent quasi exclusivement d'un très petit nombre de "corps" - soient formés dans les mêmes écoles et s'estiment destinés, par nature, à monopoliser d'office - parfois de droit - les places les plus élevées. La sélection des dirigeants devrait être plus ouverte et laisser plus de place à l'expérience et à la diversité des formations.

  • le "parisianisme" : si le pouvoir s'exerce naturellement à partir de la capitale, le recrutement des responsables au sein d'un milieu principalement parisien (au sens géographique et sociologique du terme), aboutit à créer un climat - ou en tout cas une impression - d'"entre soi" et de complicité sociale qui les éloigne du "reste" de l'opinion et du pays.

  • "la perméabilité" entre les dirigeants des secteurs public et privé : la pratique croissante de poursuite de carrières réservées, rapides et successives aux sommets de l'administration puis du pouvoir politique et enfin des grandes entreprises pose d'évidents problèmes qui vont bien au delà des simples risques de conflits d'intérêt.

Dans un autre registre, serait également à éviter, dans le recrutement de nouveaux responsables politiques, la prise en compte déterminante et systématique d'autres critères tels que l'âge ou le sexe. Si le milieu politique pourrait bénéficier d'un certain rajeunissement et féminisation, l'imposition de "quotas" artificiels - communément qualifiée de "jeunisme" ou de "féminisme"- ne serait pas en soi un critère d'efficacité.

Si elle se concrétise, l'élection d'Emmanuel Macron serait l'occasion d'un renouvellement annoncé de la classe politique française - au service d'un projet qui se veut novateur. Il est donc essentiel de ne pas donner l'impression qu'il s'agit d'une simple redistribution des cartes au sein d'un même groupe social - comme ce fut trop souvent le cas dans le passé. Le nouveau Président - bien que lui même en partie issu de ce milieu et de ce circuit - devrait donc s'en garder autant que possible. L'apparence, la réalité et l'effectivité du "changement" promis est à ce prix.

Il faut bien réaliser et tenir compte du fait que le vote des français du 30 avril a pu être légitimement interprété comme l'expression d'un rejet - ou du moins d'une défiance profonde - des citoyens vis à vis de leur classe dirigeante, toutes tendances politiques confondues. Ce signal - déjà largement émis dans les sondages depuis de nombreuses années - ne devrait pas être négligé. Il est même, sans doute, une des conditions de la réussite hautement souhaitable des nouveaux projet et programme présidentiels.

Jean-Guy Giraud 07 - 05 - 2017


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