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LE "MANIFESTE" EUROPÉEN DE M. PIKETTY



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La presse s’est largement fait écho d’un “Manifeste” européen lancé par l’économiste français Thomas Piketty et soutenu par un groupe de personnalités européennes.

La motivation principale de ce texte est de caractère politique : en résumé, remplacer en tout ou partie le système européen en vigueur par un autre permettant de donner la priorité à des objectifs de caractère social et égalitaire.

Ces objectifs sont légitimes et soutenus de longue date par M. Piketty - qui a notamment eu le mérite de mettre en relief le caractère insoutenable de la constante aggravation des disparités de revenus et de fortune dans les sociétés occidentales.

Toutefois, les propositions contenues dans le Manifeste et relatives à un bouleversement complet des Institutions et mécanismes de l’UE n’apparaissent ni réalistes ni justifiées.

Il est irréaliste en effet de prétendre accomplir, d‘un trait de plume, une véritable “révolution” (politique, institutionnelle et économique) d’un système progressivement constitué au long de soixante années et reposant sur de complexes équilibres politiques et économiques transnationaux.

Il n’est pas non plus justifié d’opérer un tel “grand changement” dans la mesure où ce système incorpore tous les leviers nécessaires pour le faire évoluer dans l’une ou l’autre direction. Il demeure entièrement dans les mains de ses “maîtres” - en l’occurrence celles de Gouvernements démocratiquement élus avec la participation du Parlement européen, voire d’une Convention démocratique en cas de révision des Traités eux-mêmes.

À vrai dire, l’objectif réel de M. Piketty - sinon de l’ensemble des signataires - est de remettre en cause ce qu’il estime être la base idéologique du système : celle d’un libéralisme trop lié aux forces “libres” du marché et insuffisamment maitrisé, contrôlé ou même conduit par les autorités politiques (nationales ou européennes).

Ici encore, cet objectif est légitime en soi mais semble peu conciliable avec le système en vigueur - précisément celui de “l’économie de marché” - dans l’ensemble des États membres de l’UE, comme d’ailleurs de l’OCDE voire de l’OMC.

Si bien qu'aucune modification institutionnelle de l’UE n’est susceptible de provoquer la “révolution” préconisée et que créer l’illusion d’y parvenir par ce moyen revient à s’engager dans une impasse.

Il est normal et même sain que les élections européennes donnent lieu à toutes sortes de propositions de réformes du système en vigueur (“Le Manifeste” est d’ailleurs mis en ligne pour signature et aspire clairement à créer un mouvement d’opinion)

Mais ces propositions devraient rester intellectuellement honnêtes - cad réalistes et justifiées - afin de ne pas tromper ou au moins illusionner les électeurs. C’est le moins que l’on puisse attendre de personnalités dont la compétence professionnelle est reconnue et dont la notoriété permet une large diffusion de leurs idées.

NB Le “Manifeste” mériterait une analyse et une critique plus détaillée dépassant le cadre de la présente note. Sur le plan matériel, la principale objection serait l’impossibilité juridico-constitutionnelle de combiner les deux systèmes du “Traité démocratique” et des Traités en vigueur. Sur le plan politique, il apparait qu’aucun des États/Gouvernements de l’UE n’est susceptible d’adhérer au premier. Par contre, certaines des réformes préconisées, prises individuellement, paraissent opportunes et sont d’ailleurs soutenues par la Commission et/ou le Parlement (ex. poursuite de la limitation de la règle de l’unanimité, création de véritables ressources propres, association plus étroite des parlements nationaux, efforts accrus en faveur du progrès social et de l’environnement, etc …).

Jean-Guy Giraud 11 - 12 - 2018


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